Cours de Terminale

Suites

Limites de suites, opérations et comparaison, comportement de q puissance n, raisonnement par récurrence et théorème de la limite monotone.

Avant de commencer

  • Connaître les suites arithmétiques et géométriques.
  • Étudier le sens de variation d'une suite.

À la fin du chapitre, tu sais

  • Établir la convergence d'une suite ou sa divergence vers l'infini.
  • Mener un raisonnement par récurrence.
  • Utiliser les théorèmes de comparaison et le théorème des gendarmes.
  • Étudier une suite définie par récurrence.
Sommaire

I. Le raisonnement par récurrence

Certaines propriétés dépendent d'un entier nn et doivent être établies pour toutes ses valeurs. Les vérifier une à une est impossible ; la récurrence contourne l'obstacle en montrant que la propriété se transmet d'un rang au suivant.

ThéorèmePrincipe de récurrence

On considère une propriété P(n)P(n) dépendant d'un entier naturel nn. Si les deux conditions suivantes sont réunies, alors P(n)P(n) est vraie pour tout entier nn0n \geqslant n_0 :

l'initialisation, c'est-à-dire P(n0)P(n_0) est vraie ;

l'hérédité, c'est-à-dire pour tout nn0n \geqslant n_0, si P(n)P(n) est vraie alors P(n+1)P(n+1) l'est aussi.

MéthodeRédiger une récurrence

La rédaction attendue comporte quatre parties, et chacune rapporte des points.

  1. Énoncer clairement la propriété P(n)P(n).
  2. Vérifier l'initialisation au premier rang.
  3. Supposer P(n)P(n) vraie pour un entier nn fixé, puis démontrer P(n+1)P(n+1) en utilisant explicitement cette hypothèse.
  4. Conclure par le principe de récurrence.
Attention

L'hypothèse de récurrence doit servir dans la démonstration de l'hérédité. Une démonstration de P(n+1)P(n+1) qui ne l'utilise jamais est le signe qu'une récurrence n'était pas nécessaire, ou qu'une erreur s'est glissée dans le raisonnement.

Démonstration : Inégalité de Bernoulli

Montrons que pour tout réel a>0a>0 et tout entier naturel nn :

(1+a)n1+na(1+a)^n \geqslant 1+na

Notons P(n)P(n) cette inégalité.

Initialisation. Pour n=0n=0, le membre de gauche vaut 11 et celui de droite aussi : la propriété est vraie.

Hérédité. Supposons P(n)P(n) vraie pour un entier nn fixé. Comme 1+a>01+a>0, on peut multiplier l'inégalité par ce nombre sans changer son sens :

(1+a)n+1(1+na)(1+a)=1+(n+1)a+na2(1+a)^{n+1} \geqslant (1+na)(1+a)=1+(n+1)a+na^2

Le terme na2na^2 est positif, donc (1+a)n+11+(n+1)a(1+a)^{n+1} \geqslant 1+(n+1)a, ce qui est exactement P(n+1)P(n+1).

Conclusion. L'inégalité est vraie pour tout entier naturel nn.

II. Limite d'une suite

DéfinitionLimite infinie

La suite (un)(u_n) tend vers ++\infty lorsque tout intervalle de la forme [A;+[[A\,;+\infty[ contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang.

Autrement dit, quelle que soit la barre fixée, la suite finit par la dépasser définitivement. La définition pour -\infty est analogue.

DéfinitionLimite finie

La suite (un)(u_n) converge vers un réel \ell lorsque tout intervalle ouvert contenant \ell contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. On écrit alors

limn+un=\lim_{n \to +\infty} u_n = \ell

Une suite qui ne converge pas est dite divergente : soit elle tend vers l'infini, soit elle n'a pas de limite du tout.

Exemple

La suite de terme général 1n\dfrac{1}{n} converge vers 00. La suite de terme général n2n^2 tend vers ++\infty. La suite de terme général (1)n(-1)^n n'a pas de limite : elle alterne indéfiniment entre 1-1 et 11.

PropriétéOpérations sur les limites

Les limites d'une somme, d'un produit et d'un quotient se calculent comme on l'attend, à quatre exceptions près, appelées formes indéterminées :

0×00\infty-\infty \qquad 0 \times \infty \qquad \frac{\infty}{\infty} \qquad \frac{0}{0}

Devant l'une d'elles, le calcul direct ne conclut pas : il faut transformer l'expression, en factorisant le terme dominant par exemple.

Exemple

Pour la suite de terme général un=n23nu_n = n^2-3n, le calcul direct donne la forme indéterminée \infty-\infty. En factorisant :

un=n2(13n)u_n = n^2\left(1-\frac{3}{n}\right)

Le premier facteur tend vers ++\infty et le second vers 11, donc la suite tend vers ++\infty.

III. Théorèmes de comparaison

ThéorèmeComparaison

On considère deux suites (un)(u_n) et (vn)(v_n) telles que unvnu_n \leqslant v_n à partir d'un certain rang.

Si (un)(u_n) tend vers ++\infty, alors (vn)(v_n) aussi.

Si (vn)(v_n) tend vers -\infty, alors (un)(u_n) aussi.

Démonstration : Divergence par minoration

Supposons que unvnu_n \leqslant v_n à partir d'un rang n1n_1, et que (un)(u_n) tende vers ++\infty.

Soit AA un réel quelconque. Comme (un)(u_n) tend vers ++\infty, il existe un rang n2n_2 à partir duquel unAu_n \geqslant A.

À partir du rang n0n_0, le plus grand des deux rangs n1n_1 et n2n_2, les deux conditions sont réunies, donc

vnunAv_n \geqslant u_n \geqslant A

Tout intervalle [A;+[[A\,;+\infty[ contient donc tous les termes de (vn)(v_n) à partir d'un certain rang : la suite (vn)(v_n) tend vers ++\infty.

ThéorèmeThéorème des gendarmes

Si unvnwnu_n \leqslant v_n \leqslant w_n à partir d'un certain rang, et si les suites (un)(u_n) et (wn)(w_n) convergent toutes deux vers le même réel \ell, alors la suite (vn)(v_n) converge également vers \ell.

Exemple

Pour la suite de terme général vn=sinnnv_n = \dfrac{\sin n}{n}, l'encadrement 1sinn1-1 \leqslant \sin n \leqslant 1 donne, pour n>0n>0 :

1nvn1n-\frac{1}{n} \leqslant v_n \leqslant \frac{1}{n}

Les deux suites encadrantes convergent vers 00, donc (vn)(v_n) converge vers 00.

ThéorèmeThéorème de la limite monotone

Toute suite croissante et majorée converge. Toute suite décroissante et minorée converge.

Ce théorème est admis. Il affirme l'existence de la limite sans en donner la valeur, ce qui suffit dans beaucoup de raisonnements.

Démonstration : Une suite croissante non majorée tend vers ++\infty

On considère une suite (un)(u_n) croissante et non majorée, et un réel AA quelconque.

Comme la suite n'est pas majorée, le réel AA n'en est pas un majorant : il existe donc un rang n0n_0 tel que un0>Au_{n_0}>A.

La suite étant croissante, pour tout nn0n \geqslant n_0 :

unun0>Au_n \geqslant u_{n_0}>A

L'intervalle [A;+[[A\,;+\infty[ contient donc tous les termes à partir du rang n0n_0. Ceci valant pour tout réel AA, la suite tend vers ++\infty.

IV. Comportement de qnq^n

ThéorèmeLimite d'une suite géométrique

On considère un réel qq.

Si q>1q>1, la suite de terme général qnq^n tend vers ++\infty.

Si 1<q<1-1<q<1, elle converge vers 00.

Si q=1q=1, elle est constante égale à 11.

Si q1q \leqslant -1, elle n'a pas de limite.

Démonstration : Cas q>1q>1

Comme q>1q>1, on peut écrire q=1+aq = 1+a avec a>0a>0. L'inégalité de Bernoulli démontrée plus haut donne, pour tout entier nn :

qn=(1+a)n1+naq^n = (1+a)^n \geqslant 1+na

La suite de terme général 1+na1+na est arithmétique de raison a>0a>0, donc elle tend vers ++\infty. Par comparaison, la suite de terme général qnq^n tend elle aussi vers ++\infty.

Exemple

La suite de terme général un=3×0,8nu_n = 3 \times 0{,}8^n converge vers 00, puisque la raison 0,80{,}8 est strictement comprise entre 1-1 et 11.

La suite de terme général vn=2×1,05nv_n = 2 \times 1{,}05^n tend vers ++\infty : c'est le modèle d'une croissance de 5%5\,\% par période, qui finit par dépasser toute limite fixée.

MéthodeÉtudier une suite définie par récurrence

Pour une suite définie par un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n), la marche à suivre est presque toujours la même.

  1. Démontrer par récurrence un encadrement ou une monotonie.
  2. En déduire la convergence par le théorème de la limite monotone.
  3. Déterminer la valeur de la limite en résolvant l'équation =f()\ell = f(\ell), ce qui suppose la continuité de ff, étudiée dans le chapitre correspondant.

Passer à la pratique

9 exercices corrigés sur ce chapitre.