I. Le raisonnement par récurrence
Certaines propriétés dépendent d'un entier et doivent être établies pour toutes ses valeurs. Les vérifier une à une est impossible ; la récurrence contourne l'obstacle en montrant que la propriété se transmet d'un rang au suivant.
On considère une propriété dépendant d'un entier naturel . Si les deux conditions suivantes sont réunies, alors est vraie pour tout entier :
l'initialisation, c'est-à-dire est vraie ;
l'hérédité, c'est-à-dire pour tout , si est vraie alors l'est aussi.
La rédaction attendue comporte quatre parties, et chacune rapporte des points.
- Énoncer clairement la propriété .
- Vérifier l'initialisation au premier rang.
- Supposer vraie pour un entier fixé, puis démontrer en utilisant explicitement cette hypothèse.
- Conclure par le principe de récurrence.
L'hypothèse de récurrence doit servir dans la démonstration de l'hérédité. Une démonstration de qui ne l'utilise jamais est le signe qu'une récurrence n'était pas nécessaire, ou qu'une erreur s'est glissée dans le raisonnement.
Démonstration : Inégalité de Bernoulli
Montrons que pour tout réel et tout entier naturel :
Notons cette inégalité.
Initialisation. Pour , le membre de gauche vaut et celui de droite aussi : la propriété est vraie.
Hérédité. Supposons vraie pour un entier fixé. Comme , on peut multiplier l'inégalité par ce nombre sans changer son sens :
Le terme est positif, donc , ce qui est exactement .
Conclusion. L'inégalité est vraie pour tout entier naturel .
II. Limite d'une suite
La suite tend vers lorsque tout intervalle de la forme contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang.
Autrement dit, quelle que soit la barre fixée, la suite finit par la dépasser définitivement. La définition pour est analogue.
La suite converge vers un réel lorsque tout intervalle ouvert contenant contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. On écrit alors
Une suite qui ne converge pas est dite divergente : soit elle tend vers l'infini, soit elle n'a pas de limite du tout.
La suite de terme général converge vers . La suite de terme général tend vers . La suite de terme général n'a pas de limite : elle alterne indéfiniment entre et .
Les limites d'une somme, d'un produit et d'un quotient se calculent comme on l'attend, à quatre exceptions près, appelées formes indéterminées :
Devant l'une d'elles, le calcul direct ne conclut pas : il faut transformer l'expression, en factorisant le terme dominant par exemple.
Pour la suite de terme général , le calcul direct donne la forme indéterminée . En factorisant :
Le premier facteur tend vers et le second vers , donc la suite tend vers .
III. Théorèmes de comparaison
On considère deux suites et telles que à partir d'un certain rang.
Si tend vers , alors aussi.
Si tend vers , alors aussi.
Démonstration : Divergence par minoration
Supposons que à partir d'un rang , et que tende vers .
Soit un réel quelconque. Comme tend vers , il existe un rang à partir duquel .
À partir du rang , le plus grand des deux rangs et , les deux conditions sont réunies, donc
Tout intervalle contient donc tous les termes de à partir d'un certain rang : la suite tend vers .
Si à partir d'un certain rang, et si les suites et convergent toutes deux vers le même réel , alors la suite converge également vers .
Pour la suite de terme général , l'encadrement donne, pour :
Les deux suites encadrantes convergent vers , donc converge vers .
Toute suite croissante et majorée converge. Toute suite décroissante et minorée converge.
Ce théorème est admis. Il affirme l'existence de la limite sans en donner la valeur, ce qui suffit dans beaucoup de raisonnements.
Démonstration : Une suite croissante non majorée tend vers
On considère une suite croissante et non majorée, et un réel quelconque.
Comme la suite n'est pas majorée, le réel n'en est pas un majorant : il existe donc un rang tel que .
La suite étant croissante, pour tout :
L'intervalle contient donc tous les termes à partir du rang . Ceci valant pour tout réel , la suite tend vers .
IV. Comportement de
On considère un réel .
Si , la suite de terme général tend vers .
Si , elle converge vers .
Si , elle est constante égale à .
Si , elle n'a pas de limite.
Démonstration : Cas
Comme , on peut écrire avec . L'inégalité de Bernoulli démontrée plus haut donne, pour tout entier :
La suite de terme général est arithmétique de raison , donc elle tend vers . Par comparaison, la suite de terme général tend elle aussi vers .
La suite de terme général converge vers , puisque la raison est strictement comprise entre et .
La suite de terme général tend vers : c'est le modèle d'une croissance de par période, qui finit par dépasser toute limite fixée.
Pour une suite définie par , la marche à suivre est presque toujours la même.
- Démontrer par récurrence un encadrement ou une monotonie.
- En déduire la convergence par le théorème de la limite monotone.
- Déterminer la valeur de la limite en résolvant l'équation , ce qui suppose la continuité de , étudiée dans le chapitre correspondant.
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