I. Une fonction définie par sa dérivée
Les fonctions rencontrées jusqu'ici étaient données par une formule de calcul. L'exponentielle est introduite autrement : par la propriété qu'elle doit vérifier, à savoir être égale à sa propre dérivée.
Il existe une unique fonction dérivable sur telle que
Cette fonction s'appelle la fonction exponentielle et se note . Son existence et son unicité sont admises.
L'égalité signifie qu'à chaque instant, la vitesse de croissance de la fonction est égale à sa valeur. C'est exactement ce qui se passe pour un capital dont les intérêts s'ajoutent en continu, ou pour une population dont la natalité est proportionnelle à l'effectif.
Pour tous réels et :
L'exponentielle transforme donc les sommes en produits. En particulier, elle ne s'annule jamais, puisqu'un produit valant interdit à chacun de ses facteurs d'être nul.
Le nombre se note . Sa valeur approchée est .
La relation fonctionnelle donne pour tout entier , ce qui justifie la notation
utilisée dans tout le reste du programme.
II. Propriétés algébriques
Pour tous réels et , et tout entier relatif :
Ce sont les règles des puissances, ce qui explique le choix de la notation.
Simplifions l'expression :
La fonction exponentielle est strictement positive sur : pour tout réel , on a .
Elle est strictement croissante sur , puisque sa dérivée est elle-même, donc positive.
Sa courbe passe par le point de coordonnées , s'écrase vers l'axe des abscisses quand devient très négatif, et croît très rapidement quand augmente.
La stricte croissance de l'exponentielle donne, pour tous réels et :
Résoudre une équation ou une inéquation portant sur des exponentielles revient donc à travailler sur les exposants.
L'écriture ne se simplifie pas. Seuls les produits et les quotients se ramènent à une somme ou une différence d'exposants, jamais les sommes.
III. Dérivation
La fonction a pour dérivée elle-même.
Pour un réel fixé, la fonction a pour dérivée .
La fonction définie par a pour dérivée
Cette dérivée est strictement négative, donc la fonction est décroissante : c'est le profil typique d'une décroissance exponentielle.
Les formules d'opérations restent valables. Pour la fonction définie par , on pose et , d'où et , et
Comme l'exponentielle est toujours strictement positive, le signe de la dérivée est celui de : la fonction décroît sur puis croît sur .
Ce réflexe revient dans presque tous les exercices : après avoir factorisé la dérivée, le facteur exponentiel se met de côté, car son signe est connu. Seul le reste demande une étude.
IV. Modéliser une évolution
Pour un réel , la suite de terme général est géométrique de raison , puisque
Une suite géométrique est ainsi le pendant discret d'une fonction exponentielle : l'une décrit une évolution mesurée à intervalles réguliers, l'autre la même évolution suivie en continu.
La masse d'un échantillon radioactif suit une loi du type , où est la masse initiale et un réel strictement positif propre au matériau.
La dérivée vaut : la vitesse de désintégration est proportionnelle à la masse restante, ce qui est exactement l'hypothèse physique du modèle.
Un capital de euros placé au taux annuel de vaut euros au bout de années. En modélisant l'évolution en continu, on écrit plutôt , les deux modèles donnant des valeurs très proches aux dates entières.
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