Cours de Maths expertes

Utilisation des nombres complexes en géométrie

Traduire distances, angles, alignement et orthogonalité par des modules et des arguments, et décrire les racines n-ièmes de l'unité.

Avant de commencer

  • Écrire un complexe sous forme exponentielle.
  • Connaître les propriétés du module et de l'argument.

À la fin du chapitre, tu sais

  • Interpréter le module et l'argument d'un quotient d'affixes.
  • Démontrer un alignement, une orthogonalité, la nature d'un triangle.
  • Déterminer les racines nn-ièmes de l'unité et les représenter.
Sommaire

I. Le quotient de deux différences d'affixes

Une seule quantité concentre l'essentiel des applications géométriques : le quotient formé à partir des affixes de trois points. Son module donne un rapport de longueurs, son argument un angle.

PropriétéInterprétation

On considère trois points distincts AA, BB, CC d'affixes respectives aa, bb, cc. Alors

caba=ACABetarg ⁣(caba)=(AB,AC)\left|\frac{c-a}{b-a}\right|=\frac{AC}{AB} \qquad \text{et} \qquad \arg\!\left(\frac{c-a}{b-a}\right)=\big(\vec{AB}\,,\,\vec{AC}\big)

à un multiple de 2π2\pi près. Le module compare deux longueurs issues de AA, l'argument mesure l'angle entre les deux directions.

MéthodeTraduire une condition géométrique
conditiontraduction
AA, BB, CC alignésle quotient est réel
(AB)(AB) et (AC)(AC) perpendiculairesle quotient est imaginaire pur
triangle ABCABC isocèle en AAle module du quotient vaut 11
triangle ABCABC équilatéralle module vaut 11 et l'argument vaut ±π3\pm\dfrac{\pi}{3}
triangle ABCABC rectangle isocèle en AAle quotient vaut ±i\pm\mathrm{i}

Chaque ligne se retrouve en revenant à l'interprétation du module et de l'argument, sans avoir à mémoriser le tableau.

Exemple

Soient AA, BB, CC d'affixes a=1+ia=1+\mathrm{i}, b=4+ib=4+\mathrm{i} et c=1+4ic=1+4\mathrm{i}. Alors

caba=3i3=i\frac{c-a}{b-a}=\frac{3\mathrm{i}}{3}=\mathrm{i}

Le quotient vaut i\mathrm{i} : son module vaut 11 et son argument π2\dfrac{\pi}{2}. Le triangle est donc rectangle isocèle en AA.

II. Écritures complexes de transformations

PropriétéTrois transformations usuelles

La transformation qui à un point d'affixe zz associe le point d'affixe zz' est :

une translation de vecteur d'affixe tt lorsque z=z+tz'=z+t ;

une rotation de centre l'origine et d'angle θ\theta lorsque z=eiθzz'=\text{e}^{\mathrm{i}\theta}z ;

une homothétie de centre l'origine et de rapport kk réel lorsque z=kzz'=kz.

Multiplier par un complexe de module rr et d'argument θ\theta combine donc une rotation et un agrandissement.

Exemple

L'image du point d'affixe zz par la rotation de centre l'origine et d'angle π2\dfrac{\pi}{2} a pour affixe iz\mathrm{i}z, puisque eiπ/2=i\text{e}^{\mathrm{i}\pi/2}=\mathrm{i}.

Cette lecture explique pourquoi le quotient valait i\mathrm{i} dans l'exemple précédent : le point CC est l'image de BB par le quart de tour de centre AA.

III. Racines nn-ièmes de l'unité

DéfinitionDéfinition

On appelle racine nn-ième de l'unité tout nombre complexe zz vérifiant

zn=1z^n = 1

L'ensemble de ces nombres se note Un\mathbb{U}_n.

Démonstration : Détermination de Un\mathbb{U}_n

Soit zz un complexe vérifiant zn=1z^n=1. En passant aux modules, zn=1|z|^n=1, et comme z|z| est un réel positif, on obtient z=1|z|=1.

Le nombre zz s'écrit donc z=eiθz = \text{e}^{\mathrm{i}\theta}, et la condition devient

einθ=1\text{e}^{\mathrm{i}n\theta}=1

Cette égalité équivaut à dire que nθn\theta est un multiple de 2π2\pi, c'est-à-dire qu'il existe un entier kk tel que

θ=2kπn\theta = \frac{2k\pi}{n}

Les valeurs k=0,1,,n1k=0,1,\ldots,n-1 donnent des nombres deux à deux distincts, et toute autre valeur de kk redonne l'un d'eux. Ainsi

Un={e2ikπn  ;  k=0,1,,n1}\mathbb{U}_n = \left\{\text{e}^{\frac{2\mathrm{i}k\pi}{n}}\;;\;k = 0,1,\ldots,n-1\right\}

Cet ensemble compte donc exactement nn éléments.

PropriétéReprésentation géométrique

Les images des racines nn-ièmes de l'unité sont les sommets d'un polygone régulier à nn côtés, inscrit dans le cercle trigonométrique, dont l'un des sommets est le point d'affixe 11.

Pour n=2n=2, ce sont 11 et 1-1. Pour n=3n=3, un triangle équilatéral. Pour n=4n=4, le carré formé par 11, i\mathrm{i}, 1-1 et i-\mathrm{i}.

PropriétéSomme des racines

Pour n2n \geqslant 2, la somme des racines nn-ièmes de l'unité est nulle.

Ce résultat se lit sur la figure : les sommets d'un polygone régulier centré à l'origine se compensent deux à deux ou par symétrie.

Exemple

Pour n=3n=3, les racines cubiques de l'unité sont

1e2iπ3=12+i32e4iπ3=12i321 \qquad \text{e}^{\frac{2\mathrm{i}\pi}{3}}=-\frac{1}{2}+\mathrm{i}\frac{\sqrt{3}}{2} \qquad \text{e}^{\frac{4\mathrm{i}\pi}{3}}=-\frac{1}{2}-\mathrm{i}\frac{\sqrt{3}}{2}

Ce sont bien les solutions trouvées en factorisant z31z^3-1 par z1z-1 dans le chapitre sur les équations polynomiales.

Passer à la pratique

9 exercices corrigés sur ce chapitre.