Cours de Maths expertes

Graphes et matrices

Vocabulaire des graphes, calcul matriciel, matrice d'adjacence et chaînes de Markov avec leurs distributions invariantes.

Avant de commencer

  • Calculer avec les suites et les probabilités conditionnelles.
  • Résoudre un système linéaire.

À la fin du chapitre, tu sais

  • Modéliser une situation par un graphe ou par une matrice.
  • Calculer un produit, une puissance, un inverse de matrice.
  • Compter les chemins de longueur donnée dans un graphe.
  • Étudier une chaîne de Markov et déterminer sa distribution invariante.
Sommaire

I. Vocabulaire des graphes

Un graphe représente des objets et les liens qui les unissent : des villes et des routes, des pages et des liens, des états et des transitions. Le vocabulaire est court, et il suffit à poser la plupart des problèmes.

DéfinitionDéfinitions

Un graphe est constitué de sommets et d'arêtes reliant certains couples de sommets.

Deux sommets reliés par une arête sont dits adjacents. Le degré d'un sommet est le nombre d'arêtes qui en partent. L'ordre du graphe est son nombre de sommets.

Une chaîne est une suite d'arêtes consécutives ; sa longueur est le nombre d'arêtes qui la composent. Un graphe est connexe lorsque deux sommets quelconques sont toujours reliés par une chaîne.

Un graphe complet est un graphe dans lequel tous les sommets sont deux à deux adjacents.

DéfinitionMatrice d'adjacence

On numérote les sommets d'un graphe d'ordre nn. Sa matrice d'adjacence est la matrice carrée AA de taille nn dont le coefficient situé ligne ii et colonne jj vaut 11 si les sommets ii et jj sont reliés, et 00 sinon.

Pour un graphe non orienté, cette matrice est symétrique.

II. Calcul matriciel

DéfinitionMatrices et opérations

Une matrice est un tableau de nombres réels. Une matrice carrée a autant de lignes que de colonnes ; une matrice ligne n'a qu'une ligne, une matrice colonne qu'une colonne.

L'addition et la multiplication par un réel se font coefficient par coefficient.

Le produit ABAB n'est défini que si le nombre de colonnes de AA égale le nombre de lignes de BB. Le coefficient situé ligne ii et colonne jj du produit s'obtient en multipliant terme à terme la ligne ii de AA par la colonne jj de BB, puis en additionnant.

Attention

Le produit de matrices n'est pas commutatif : les produits ABAB et BABA diffèrent en général, et l'un peut exister sans l'autre. L'ordre des facteurs doit donc être respecté scrupuleusement.

DéfinitionInverse et puissances

La matrice identité II possède des 11 sur sa diagonale et des 00 ailleurs ; elle joue le rôle du nombre 11.

Une matrice carrée AA est inversible s'il existe une matrice A1A^{-1} telle que AA1=A1A=IAA^{-1}=A^{-1}A=I.

Les puissances se définissent par A0=IA^0 = I et An+1=An×AA^{n+1}=A^n \times A.

ExempleRésoudre un système

Un système linéaire s'écrit matriciellement AX=BAX=B, où XX est la colonne des inconnues.

Si AA est inversible, la solution s'obtient par

X=A1BX = A^{-1}B

La calculatrice fournit l'inverse, ce qui rend la résolution immédiate pour un système de trois équations à trois inconnues.

III. Compter les chemins

ThéorèmePuissances de la matrice d'adjacence

Soit AA la matrice d'adjacence d'un graphe. Pour tout entier naturel nn non nul, le coefficient situé ligne ii et colonne jj de AnA^n est le nombre de chaînes de longueur nn reliant le sommet ii au sommet jj.

Démonstration : Nombre de chemins de longueur nn

Raisonnons par récurrence sur nn.

Pour n=1n=1, le coefficient de AA vaut 11 s'il existe une arête entre ii et jj, et 00 sinon : c'est bien le nombre de chaînes de longueur 11.

Supposons la propriété vraie au rang nn. Une chaîne de longueur n+1n+1 allant de ii à jj se décompose de façon unique en une chaîne de longueur nn allant de ii à un sommet intermédiaire kk, suivie d'une arête de kk à jj.

En sommant sur tous les sommets intermédiaires possibles, le nombre de telles chaînes vaut

k(An)i,k×Ak,j\sum_{k} \big(A^n\big)_{i,k} \times A_{k,j}

Or cette somme est exactement le coefficient situé ligne ii et colonne jj du produit An×AA^n \times A, c'est-à-dire de An+1A^{n+1}.

La propriété est donc héréditaire, ce qui achève la démonstration.

Exemple

Dans un réseau de quatre villes, le coefficient ligne 11 colonne 33 de A2A^2 donne le nombre d'itinéraires reliant la ville 11 à la ville 33 en exactement deux étapes.

Un coefficient nul signale qu'aucun trajet de cette longueur n'existe, ce qui ne veut pas dire que les villes ne sont pas reliées : un trajet plus long peut exister.

IV. Chaînes de Markov

Une chaîne de Markov décrit un système qui passe d'un état à un autre au hasard, la probabilité de la prochaine transition ne dépendant que de l'état actuel. Le programme se limite à deux ou trois états.

DéfinitionDistribution et matrice de transition

La distribution à l'étape nn est la matrice ligne πn\pi_n dont les coefficients sont les probabilités de se trouver dans chacun des états. Leur somme vaut 11.

La matrice de transition PP a pour coefficient ligne ii colonne jj la probabilité de passer de l'état ii à l'état jj en une étape. Chaque ligne de PP a pour somme 11.

Le graphe orienté pondéré associé porte ces probabilités sur ses flèches.

ThéorèmeÉvolution de la distribution

Pour tout entier naturel nn :

πn+1=πnPet doncπn=π0Pn\pi_{n+1}=\pi_n P \qquad \text{et donc} \qquad \pi_n = \pi_0 P^n

De plus, le coefficient ligne ii colonne jj de PnP^n est la probabilité de passer de l'état ii à l'état jj en nn transitions.

Démonstration : Distribution après nn transitions

La formule des probabilités totales, appliquée à la partition formée par les états possibles à l'étape nn, donne pour chaque état jj :

P(eˊtat j aˋ l’eˊtape n+1)=iP(eˊtat i aˋ l’eˊtape n)×Pi,jP(\text{état } j \text{ à l'étape } n+1)=\sum_{i} P(\text{état } i \text{ à l'étape } n) \times P_{i,j}

Le membre de droite est exactement le coefficient jj du produit de la matrice ligne πn\pi_n par la matrice PP. Donc πn+1=πnP\pi_{n+1}=\pi_n P.

Une récurrence immédiate donne alors πn=π0Pn\pi_n = \pi_0 P^n.

DéfinitionDistribution invariante

Une distribution π\pi est invariante lorsqu'elle vérifie

πP=π\pi P = \pi

Une fois atteinte, elle ne change plus : le système est en régime stationnaire.

MéthodeDéterminer la distribution invariante

On pose π=(xy)\pi = \begin{pmatrix} x & y \end{pmatrix} pour deux états, puis on résout le système donné par πP=π\pi P = \pi, complété par la condition x+y=1x+y=1.

Cette dernière équation est indispensable : sans elle, le système admet une infinité de solutions proportionnelles, et une seule est une distribution de probabilité.

Exemple

Un abonné change d'opérateur d'une année sur l'autre selon la matrice

P=(0,90,10,20,8)P = \begin{pmatrix} 0{,}9 & 0{,}1 \\ 0{,}2 & 0{,}8 \end{pmatrix}

La distribution invariante (xy)\begin{pmatrix} x & y \end{pmatrix} vérifie 0,9x+0,2y=x0{,}9x+0{,}2y=x et x+y=1x+y=1.

La première équation donne 0,2y=0,1x0{,}2y=0{,}1x, donc x=2yx=2y. Avec x+y=1x+y=1, on obtient

x=23y=13x=\frac{2}{3} \qquad y=\frac{1}{3}

À long terme, deux tiers des abonnés se trouvent chez le premier opérateur, quelle que soit la répartition de départ.

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